Une reprise en main de la filière ivoirienne du cacao est nécessaire

Dans son roman « La terre aux fruits d’or », l’écrivain brésilien Jorge Amado raconte la vie dans les terres brésiliennes aux alentours de Bahia dans la première moitié du 20e siècle, alors épicentre de la culture cacaoyère du nouveau monde. Au fil des pages, il dénonce avec force l’expropriation   de ce « fruit d’or » par les colonels féodaux qui s’emparèrent de ces terres et l’accaparement du profit par d’avides spéculateurs.

Mais vers qui pourrait se tourner la colère des conteurs et des cultivateurs ivoiriens si les cours continuaient à baisser, menant à d’importantes tensions sociales dans les terres d’Eburnie ? Sans doute pas vers les marchés, trop lointains et trop abstraits, ni vers l’industrie du chocolat qui est un bouc émissaire facile tant que nous n’aurons pas décidé d’investir dans la transformation de nos matières premières sur place pour développer une véritable industrie agroalimentaire. Il est probable alors qu’ils tourneront alors le regard vers Abidjan, où se situe le Conseil café-cacao (CCC).

En Côte d’Ivoire, le CCC est en charge de la régulation, de la stabilisation et du développement de la filière cacao et café. Mais cet organe est entaché de nombreuses affaires de clientélisme et de corruption, sans avoir su pour autant apporter la stabilité nécessaire aux producteurs pour pouvoir vivre décemment de leurs cultures. Le gendarme de la filière n’a pas réussi à gérer la chute des cours qui s’est opérée en 2017. Le manque de contrôles, le dévoiement du système de vente et une mauvaise communication ont défrayé la chronique cacao tout au long de l’année passée. Sans compter que l’industrie cacaoyère fait toujours face au défi du travail des enfants, alors qu’un accord de partenariat vient d’être signé le 16 février dernier avec les Etats-Unis pour enquêter sur les « pires formes de travail des enfants » dans les zones de production.

C’est pourquoi une reprise en main de la filière est indispensable, et j’espère que le nouveau président du CCC, M. Yves Brahima Koné, saura s’entourer de personnes compétentes et intègres pour mener à bien les réformes nécessaires.

Lorsque j’étais Ministre du Commerce, je m’étais battu pour que le siège de l’Organisation internationale du cacao (ICCO) soit bien transféré à Abidjan. Maintenant que nous sommes le pays hôte de l’ICCO, la filière ivoirienne se doit d’être exemplaire en termes de gestion et de transparence.

En parallèle, le manque de coopération entre les autorités ivoiriennes et ghanéennes pénalise la filière des deux pays. Lorsque la Côte d’Ivoire a décidé en mars 2017 de baisser drastiquement le prix garanti aux planteurs, de véritables filières clandestines se sont mises en place à destination du Ghana où le prix garanti restait plus élevé. Alors que les deux pays représentent 60% de la production mondiale de cacao, une véritable coopération permettrait de peser sur les cours mondiaux et permettre ainsi d’obtenir pour nos agriculteurs un prix décent pour leur production. C’était d’ailleurs tout l’enjeu de la réunion de l’alliance des pays producteurs de cacao (COPAL) début février, qui vise à devenir un organe de concertation pour que les six pays africains membres (représentant 75% de la production mondiale) puissent jouer un rôle sur les marchés internationaux. Plus que jamais, l’hypothèse de la mise en place d’une OPEP de l’or brun doit être à l’étude.

Laissez un commentaire

Soyez le premier à commenter !

avatar
  S'abonner  
Me notifier des