Pour une stratégie portuaire africaine et ivoirienne

Partout dans le monde, l’essor d’une civilisation est souvent lié à l’usage de sa façade maritime. La mer a toujours eu une importance géostratégique dans l’histoire humaine. Rappelons-nous que la Grande-Bretagne, à l’époque où elle était « l’Empire sur lequel le soleil ne se couche jamais » à la fin du XIXe, tirait sa richesse de son commerce maritime et de la capacité de ses navires marchands à sillonner toutes les mers du globe. Ne dit-on pas aussi que les peuples bordant les côtes sont généralement plus ouverts à l’autre, les ports étant depuis toujours lieux d’échanges et de diversités, comparé à des territoires plus enclavés ?

port abidjan

Pour les pays africains comme pour les autres pays du monde, une façade maritime est donc un atout géographique qu’il s’agit de mettre en valeur. Les États du continent l’ont bien compris, investissant pas moins de 50 milliards de dollars dans le secteur portuaire entre 2007 et 2017. En une dizaine d’année, le paysage du secteur portuaire africain s’est profondément transformé avec une gestion des terminaux de plus en plus confiés à des opérateurs privés. En parallèle, on assiste à une hausse de la conteneurisation des échanges, à l’évolution des infrastructures portuaires et à la multiplication des projets d’envergure.

Mais aujourd’hui encore, l’Afrique subsaharienne ne représente qu’une part trop faible du commerce mondial. Ce retard s’expliquant notamment par le fait que l’Afrique a historiquement exporté quasi uniquement des matières premières (pétrole, cacao, huile de palme…) et importé des produits manufacturés venant d’Occident et d’Asie. Ce déséquilibre a d’ailleurs un impact très concret sur l’optimisation de l’utilisation des navires, puisque les matières premières brutes sont essentiellement transportées en vrac tandis que les produits manufacturés sont surtout transportés en container. Ces échanges commerciaux à sens unique sont en train de changer progressivement avec la diversification des économies africaines. Et pour accélérer cette intégration de l’Afrique à la mondialisation, les ports sont des vecteurs de croissance sur lesquels nous devons nous appuyer.

Néanmoins, une récente étude du bureau sud-africain du cabinet de conseil PricewaterhouseCoopers (PwC) déplore le potentiel

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inexploité des ports africains. Ainsi, les rédacteurs de ce rapport estiment qu’une amélioration de 25% des performances portuaires de la région permettrait d’augmenter le PIB de 2%. De plus, près de la moitié des opérateurs portuaires d’Afrique de l’Ouest considèrent que les réseaux routiers ne sont pas dimensionnés pour écouler les volumes de marchandises débarquées. Enfin, les auteurs évaluent à 2,2 milliards de dollars les économies pouvant être réalisées chaque année en coûts logistiques si la capacité moyenne des principaux ports d’Afrique subsaharienne doublait.

En parallèle, les autorités africaines ont tendance à attendre que le port ait atteint ses pleines capacités avant d’investir, générant ainsi des goulots d’étranglement. Une mauvaise stratégie qui ne prépare pas l’avenir, l’inverse de ce que font les Chinois qui voient dans les ports des « drivers de croissance et anticipent les croissances de capacité ». Le rapport pointe par ailleurs que le pays étranger qui a le plus intérêt à investir dans les infrastructures portuaires africaines est justement la Chine, puisqu’elle est le plus important partenaire commercial de l’Afrique subsaharienne aussi bien au niveau des importations que des exportations.

C’est pourquoi les pays africains doivent mettre en place des stratégies portuaires basées sur quatre axes principaux : développer les capacités portuaires (tirant d’eau suffisant pour les navires dernières générations, hausse de la superficie disponible pour le stockage de marchandises), faciliter l’accès à un marché régional relié par des infrastructures de qualité à l’hinterland, miser sur la stabilité réglementaire et politique pour rassurer les investisseurs, coopérer avec les ports des pays voisins pour optimiser les flux commerciaux à destination du continent en fonction des capacités portuaires de chacun.

Personnellement, je suis persuadé que nous pouvons faire d’Abidjan le hub portuaire d’Afrique de l’Ouest. Or, malgré la position centrale de la Côte d’Ivoire en Afrique de l’Ouest et la capacité du port d’Abidjan à recevoir des navires de grande taille, les performances portuaires d’Abidjan ne sont pas au niveau de son potentiel.

 

D’importants investissements doivent être réalisés sur l’environnement du port (stockage, zone industrielle) comme sur les infrastructures liées à l’hinterland (rail, route). De plus, une meilleure mise en concurrence sur le port d’Abidjan et une réduction des coûts de manutention sont indispensables pour améliorer sa compétitivité. Pour bâtir la Côte d’Ivoire de demain, la mise en valeur de notre façade maritime est indispensable. Et c’est en commençant par faire de notre pays un hub portuaire que nous ferons de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique de l’Ouest les champions africains de la mondialisation.

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