Discours Africa SME Champions Forum

Excellences,

Messieurs les Ministres,

Mesdames, Messieurs,

Cher Didier, Chers amis,

C’est avec beaucoup de plaisir et de joie que je suis ici avec vous pour cette troisième édition du Africa SME Champions Forum qui se déroule à Abidjan après Dakar et Nairobi.

Grâce à toi, Didier, ce rassemblement dédié au monde de l’entreprise et au secteur privé est en train de devenir un événement incontournable qui fédère et qui rassemble les énergies de chacun. Avec un seul objectif : développer nos économies pour créer suffisamment d’emplois et lutter avec efficacité contre la pauvreté, et donc au final accélérer et consolider la transformation en marche de notre continent. Cette plateforme du Africa SME Champions Forum incarne parfaitement ce que l’Afrique fait de mieux quand elle innove selon ses valeurs et quand elle cherche des solutions sans attendre une aide étrangère. Africa SME Champions Forum, c’est l’Afrique qui gagne et qui réussit.

La Cote d’Ivoire est donc fière et honorée de vous accueillir pour vous permettre de débattre et d’échanger vos expériences. La Côte d’Ivoire qui a retrouvé son rang régional a vocation à être leader dans les initiatives en faveur du secteur privé. Tant il est évident pour le Président Ouattara et pour l’ensemble de son gouvernement que c’est bien le secteur privé qui doit être le moteur du développement. La puissance publique devant être un facilitateur et un accompagnateur avec un Etat stratège à la commande.

Pour libérer le potentiel des entreprises africaines, améliorer leur accès au financement et leur compétitivité, pour reprendre l’intitulé de cette 3eme édition, et pour créer de véritables champions africains, pour reprendre le thème de cette première conférence, je pense qu’il convient d’insister sur deux idées, deux notions : le leadership et la confiance.

Pour se développer, l’Afrique a en effet besoin de leaders compétents et efficaces. C’est tout aussi vrai pour la sphère publique et le pouvoir politique que pour le secteur privé. Pour véritablement changer les choses, construire un futur plus harmonieux et élaborer des solutions inclusives, l’Afrique a en effet besoin de leaders exigeants avec eux-mêmes et ceux qui les entourent, de leaders jugés sur leurs résultats et non sur des postures, de leaders inspirant confiance pour insuffler un élan collectif.

C’est ensuite par cette confiance notamment entre les opérateurs économiques et les dirigeants politiques que nous pourrons tous collectivement progresser. Aujourd’hui, trop souvent encore, il y a un climat de méfiance et de crainte entre ces deux mondes, ce qui tend d’ailleurs à maintenir une bonne partie de nos économies dans l’informel et donc à affecter les recettes fiscales des Etats. Cette situation n’est pas raisonnable. Elle est même contreproductive.

Heureusement, le secteur privé africain commence à montrer le chemin, en montant en gamme et en produisant de véritables capitaines d’industrie. Nous assistons en effet à l’émergence d’une nouvelle génération d’entrepreneurs et de patrons qui créent de la richesse et des emplois. Nous avons tous autour de nous de nombreux exemples de petites PME qui explosent. Nous avons tous aussi des exemples de grands patrons qui ont construit avec ardeur et courage des groupes à dimension panafricaine.

Les experts parlent de croissance inclusive. Agriculture, transport, énergie, tourisme, télécom, industrie…, ce sont les acteurs de terrain qui créent de la richesse et des emplois, contribuant ainsi à lutter durablement contre la pauvreté autrement qu’en espérant une hypothétique aide du Nord. Cet élan économique endogène est encore insuffisant face au défi des 2 milliards d’habitants attendus en 2050, dont 450 millions de jeunes qui vont arriver sur le marché de l’emploi. Mais il est là, indiscutable.

Cette transformation en marche est essentiellement portée par une consommation intérieure en hausse constante et non pas seulement par des exportations de matières premières aux prix fluctuants. Cette grande roue de la croissance tourne à plein régime non pas tant grâce aux investissements étrangers mais plutôt du fait de l’émergence d’une nouvelle classe moyenne qui comprend entre 200 millions et 370 millions de personnes.

Nous devons nous réjouir de ces évolutions, d’autant plus que cette trajectoire est tracée avec talent par une génération de patrons qui sont tout simplement en train de créer une nouvelle micro-économie et un authentique afro-capitalisme appelé à détenir et gérer nos propres forces de production. N’ayons pas peur de certains mots. Pour se développer, l’Afrique a besoin d’une élite économique et d’une bourgeoisie capables d’investir. Notre avenir ne peut reposer uniquement sur les IDE et les filiales de groupes étrangers. Nous avons besoin de partenaires, mais nous devons aussi compter sur nos propres forces.

Il nous faut en effet sortir définitivement des économies de rente, de pénurie et de comptoirs qui ont structuré nos modes de fonctionnement, voire même nos façons de penser et de vivre, depuis les indépendances. Soyons nous-mêmes, afro-optimistes et afro-utopistes !

Aujourd’hui, je plaide donc devant vous pour une promotion forte de ce nouvel afro-capitalisme. Que faut-il faire pour cela ?

Je pense tout d’abord qu’il faut libérer les forces du marché pour le rendre plus juste, plus concurrentiel, plus intégré, plus dynamique. Il n’est pas normal que notre commence intra-africain ne représente que 15 % de nos échanges. Si nous voulons peser dans le monde, être plus compétitifs, nous situer dans les chaines de valeur mondiale et imposer nos propres modèles, nous devons absolument être plus forts ensemble et plus solidaires entre nous. Cela passe notamment par une lutte contre les monopoles et la corruption, la défense des consommateurs, la libre circulation des personnes et des marchandises.

Deuxième axe qui me semble prioritaire, c’est la défense et la promotion des entrepreneurs pour qu’ils puissent se consacrer à l’essentiel – créer des emplois et de la richesse – et non pas passer une bonne partie de leur journée à se débattre dans les dédales de nos administrations et à esquiver le prochain contrôle fiscal !… En cela, la puissance publique doit être irréprochable et montrer le chemin en faisant évoluer nos lois et en punissant les fonctionnaires indélicats. C’est à l’Etat de construire un environnement favorable à l’épanouissement des entreprises.

Pour faciliter la vie de nos entrepreneurs, je pense que l’Etat doit travailler dans trois directions : l’éducation, la fiscalité et l’accès au marché.

L’éducation tout d’abord car si nous voulons que ces 450 millions de jeunes qui vont arriver sur le marché d’ici à 2050 trouvent un emploi, il est indispensable qu’ils soient bien formés. Nous devons donc renforcer nos systèmes de formation, notamment dans les filières professionnelles. Nous devons raisonner en termes d’employabilité. L’Afrique a beaucoup plus besoin de plombiers, d’électriciens et d’informaticiens que de professeurs d’histoire et de sociologues, malgré tout le respect que j’ai pour ces professions !

Vient ensuite la fiscalité, pour quelle soit lisible, stable, juste et incitative. C’est comme cela que nous réduirons la part du secteur informel. Ce n’est pas en punissant. C’est en ayant une fiscalité plus performante que les Etats diversifieront également leurs sources de revenus.

Et enfin, troisième priorité, c’est l’accès au marché qui constitue encore un goulot d’étranglement ou un plafond de verre pour bon nombre de nos PME. Nous devons mieux codifier les marchés publics et faire respecter les règles de passation de marchés. Je pense que nous devons généraliser des Small Business Act avec des effets immédiats sur l’emploi et le dynamisme des entreprises.

Voici rapidement résumés quelques idées que je voulais vous soumettre ce matin avant d’engager un débat.

Je vous remercie.

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