Je ne suis pas un Houphouëtiste de circonstance !

Je suis et j’ai toujours été un Houphouëtiste. Cela n’étonnera aucunement toutes les personnes qui me connaissent, encore moins celles qui suivent mon engagement pour la Côte d’Ivoire. Celui-ci est évidemment antérieur à mon entrée dans la vie politique. Aussi loin que je puisse m’en souvenir, je n’ai eu qu’une seule aspiration : servir la Côte d’Ivoire et contribuer au bien-être des Ivoiriens. Cette vocation insufflée par la pensée du Président Houphouët-Boigny m’a guidé dans toutes mes missions.

Chez SIFCA, que j’ai eu l’honneur et le privilège de diriger, j’avais à cœur de faire progresser un champion ivoirien de l’industrie. Avec mes frères et nos compagnons de route, nous avons consolidé les acquis, restructuré en profondeur et transformé SIFCA pour l’adapter aux enjeux et aux opportunités de notre temps. Notre stratégie audacieuse n’était pas gagnée d’avance. Le chemin fut difficile. Nous avons fait preuve d’une persévérance collective sans faille et nous y sommes arrivés. Nous avons structuré des filières agro-industrielles performantes (hévéa, huile de palme et sucre) et créé des milliers d’emplois pour les Ivoiriens, dont des petits producteurs.

Au sein de la Chambre de Commerce et d’Industrie puis, plus tard, comme Ministre de la République, j’ai eu l’occasion de défendre les intérêts du secteur privé ivoirien. À chaque instant, il m’était important de fixer un cap et de poser des actes qui iraient bien au-delà de mes fonctions, pour servir la Côte d’Ivoire.

Loin de la démagogie ou du populisme, j’ai voulu instaurer le sens de la responsabilité, le devoir d’exemplarité et l’obligation de résultats, autant de valeurs qui doivent guider les détenteurs de l’autorité publique. Ainsi, je suis par exemple fier d’être parvenu à faire adopter la loi sur la consommation, attendue depuis plus de 20 ans, à lancer le projet Phoenix pour les PME et à appuyer les artisans. Privilégier les résultats à long terme aux gains éphémères du court terme, telle a toujours été ma feuille de route. Là encore, c’est sans doute le bon sens et la patience que m’ont transmis les agriculteurs qui m’animent.

L’unité et la prospérité de la Côte d’Ivoire, la vision et la patience, voilà ce qui fait de moi un irréductible Houphouëtiste.

Comme je me rends bien compte au cours des échanges avec les Ivoiriens que le courant de pensée Houphouëtiste est galvaudé, il me semble important de rappeler ici ces principes fondamentaux.

Tout d’abord, le Président Houphouët-Boigny fut tout au long de sa vie attaché à l’unité et à la prospérité de la Côte d’Ivoire. Il l’a notamment démontré lors de la rédaction de la loi-cadre Defferre qui a guidé le processus de décolonisation en 1956 lorsqu’il a défendu l’autonomie territoriale ivoirienne.

Après l’indépendance, la vision Houphouëtiste a été structurante. La politique économiquement libérale mise en place a rendu possible l’afflux remarquablement important du capital nécessaire pour créer un secteur privé solide. Basé sur le développement de l’agriculture, le secteur privé ivoirien a créé des filières qui ont fait de la Côte d’Ivoire un miracle économique. La filière du café, du cacao, de l’anacarde, du coton mais aussi celles des fruits et de la pêche se sont rapidement et solidement développées. Des instituts de recherche ont permis une croissance déterminante de la culture du palmier à huile et de l’hévéa. Jusqu’à ce jour nous profitons des résultats de la vision Houphouëtiste et ces filières sont toujours les fondements de notre agro-industrie.

Puis, la pensée Houphouëtiste s’inscrit dans une vision ambitieuse pour la Côte d’Ivoire et une action dont les résultats sont durables. C’est dans cet esprit qu’ont été planifiés puis réalisés les nombreux ouvrages d’art et les équipements qui font encore de la Côte d’Ivoire la locomotive de l’UEMOA. C’est le cas du port de San-Pedro, des complexes sucriers comme celui de Ferkessédougou ou du barrage de Kossou sur le Bandama. D’ailleurs, la construction de ce barrage a donné lieu à une situation qui illustre l’esprit Houphouëtiste. Le projet a rencontré l’hostilité des habitants de la région car les tombes de leurs aïeux devaient être immergées. Le Président Houphouët-Boigny a mené en personne les dialogues avec les habitants, leur rappelant la nécessité de faire des sacrifices pour atteindre un objectif plus grand. L’effort a été accepté car les habitants ont perçu le dévouement du Président. Un leader est premier de cordée et se doit de montrer la voie.

Enfin, être Houphouëtiste c’est s’inscrire résolument dans un courant humaniste. Le savoir et le bien être des individus sont des notions cardinales de la pensée du Président Houphouët-Boigny. Dès 1973, il a constitué la fondation éponyme pour favoriser l’étude de l’identité africaine. Aujourd’hui cette fondation centre son action autour de la promotion de la paix dont le Président Houphouët-Boigny était un artisan.

Parallèlement, de nombreuses familles ivoiriennes ont connu la promotion sociale grâce au cadre favorable mis en place. Cela passait par des institutions d’excellence comme le lycée scientifique, l’Institut national polytechnique, l’Ecole supérieure de commerce d’Abidjan, l’École nationale supérieure des travaux publics (ENSTP) de Yamoussoukro, etc. Ces lieux ont été pendant des décennies des espaces où la méritocratie faisait loi. Je me dois également de souligner le travail formidable que le tandem Houphouët Dadié a effectué. Bernard Dadié est, à bien des égards, le père de la littérature ivoirienne. Il est également un compagnon de lutte aux côtés du Président Houphouët-Boigny. Son action à la tête du ministère de la Culture a fait rayonner les valeurs africaines empruntes d’humanisme. L’union parfaite entre le planteur et le poète.

Alors, aujourd’hui, je milite pour un Houphouëtisme vivant loin des postures de prestige. Cette lutte s’incarne dans la vision ambitieuse d’une Côte d’Ivoire unie, pacifiée et prospère. Pour cela, j’userai de ma liberté de pensée et d’action pour défendre les intérêts des Ivoiriens et pour promouvoir les valeurs auxquelles je crois.

Je continuerai à mener ce combat car, lorsqu’on est Houphouëtiste, on appartient à l’unique famille politique de la Côte d’Ivoire qui transcende tout : l’unité.